L’exemple de l’Angleterre

SUD Education Var
samedi 4 février 2006
par  SUD Education Var

Angleterre et pays de Galles : la prime aux performances ?
Ce sont surtout les résultats qui comptent

L’Enquête
Depuis 2000, les enseignants qui ont plus de cinq ans d’ancienneté peuvent postuler pour une prime annuelle de 2000 livres (3000 €) qui leur sera accordée s’ils atteignent certains objectifs (dont l’amélioration des résultas de leurs élèves) et répondent à certains critères.
Afin d’évaluer l’effet de cette mesure, une enquête a été réalisée par l’Université de Bristol auprès de 181 professeurs et 25 classes différentes. Les enquêteurs ont étudié les résultats aux tests de niveau 3 effectués par les élèves à l’âge de 14 ans avec ceux qu’ils ont ensuite obtenus à 16 ans au GCSE (examen de fin de cycle secondaire).
Il s’avère que les professeurs qui avaient postulé pour une prime ont vu les performances de leurs élèves augmenter d’environ 1 à 1,5 points (sur 20) par rapport aux résultats antérieurs à la réforme, en particulier chez les élèves en difficulté. D’autre part, toujours d’après l’enquête, ces professeurs auraient mieux réussi avec leurs élèves que ceux qui ne pouvaient postuler pour la prime.
Les enquêteurs en ont donc conclu que les enseignants pouvaient améliorer les performances de leurs élèves s’ils avaient la perspective d’un bonus financier.
Les syndicats enseignants, hostiles dès le départ à l’introduction de cette prime, avaient dénoncé cette mesure, disant qu’elle était arbitraire et démotivante et qu’elle favoriserait les divisions dans le milieu enseignant.
A l’issue de cette enquête, les syndicats ont déclaré qu’il s’agissait là d’une analyse partiale et faussée qui ne peut que stigmatiser les enseignants qui n’ont pas eu ce bonus, en particulier les nouveaux collègues qui manquent encore relativement d’expérience professionnelle.

Des conclusions peu convaincantes

Le gouvernement Blair cherche absolument à mettre en corrélation étroite les résultats des élèves et la prime aux enseignants. Les syndicats, de leur côté, estiment que cette enquête prouve plutôt que le niveau global des élèves a progressé et que le travail des enseignants, mieux rémunéré, leur donnerait un regain d’optimisme après deux décennies difficiles.
Et les conclusions des enquêteurs seraient peu significatives, car :

- 90% des enseignants qui ont demandé la prime l’ont obtenue. Donc, la grande majorité des élèves sondés a forcément eu affaire à ces professeurs à un moment ou à un autre.
- L’enquête ne dit pas si les professeurs ont obtenu de meilleurs résultats en travaillant beaucoup plus ou en négligeant d’autres tâches pour pouvoir se concentrer sur le travail de classe.
- Personne ne sait ce que le terme de « performances » implique ni comment évaluer objectivement un professeur. Se contenter d’établir un lien entre résultats scolaires et prime relève de l’arbitraire le plus total.

A qui profite la prime qui se généralise dans le secteur industriel ?

Côté patrons :
Dans le secteur industriel, la prime au mérite a été introduite par les patrons pour augmenter la productivité et les performances de leurs employés.
Et, ainsi, ce système sert bel et bien les intérêts des patrons. Il permet :
- de réduire les charges salariales fixes en abaissant le taux de rémunération de base,
- de transférer les risques financiers de l’employeur aux salariés,
- d’attirer et de retenir les meilleurs éléments,
- d’inciter les employés à porter de l’intérêt aux objectifs-clés de l’entreprise
- de renforcer les aptitudes et les compétences des salariés selon les critères des patrons
Et enfin, les primes peuvent servir de prétexte au patron pour augmenter le turnover au sein de l’entreprise.

Côté salariés :
Cette prime, même si elle peut leur sembler attractive initialement, les oblige à aller quémander individuellement et servilement auprès des employeurs et à justifier leur demande (c’est-à-dire, d’une certaine façon, se « vendre » comme un produit), au risque d’essuyer un refus humiliant. Elle les met en porte-à-faux et en concurrence constante vis-à-vis de leurs collègues. Et les met en position de subir des pressions diverses, voire des quolibets ou des brimades.

En conclusion, malgré leur opposition initiale à cette mesure, les enseignants ont fini par se laisser convaincre par la seule forme d’augmentation de salaire substantielle qui leur était sournoisement proposée. On ne peut les en blâmer.
Cependant, il est clair que ces manœuvres malhonnêtes visent à réduire les travailleurs à de vils calculateurs et à nourrir les illusions du public à des fins électoralistes.
Il va sans dire que les « performances » des enseignants ne peuvent être effectives sans une large réflexion sur les objectifs et la pédagogie, une cohérence des programmes nationaux, l’allègement des tâches administratives et une augmentation de salaire pour tous. Mettre les collègues dos à dos, exiger servilité et dépendance, donner les coudées franches au chef d’établissement et à ses subjectivités, cela ne peut qu’envenimer les relations au sein de l’école et, à terme, desservir les élèves et leurs enseignants.


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