Education : Tony Blair vend l’école

SUD Education Var
mardi 30 mai 2006
par  SUD Education Var

Le projet de loi prévoit que le contribuable fournira les fonds nécessaires au niveau de base du système éducatif. Des frais supplémentaires s’ajouteront pour tout ce qui est en rapport avec la créativité.
La nouvelle loi a été adoptée ce mois-ci au parlement britannique par 453 voix contre 115, entre autres grâce au Parti Conservateur. Le texte doit maintenant être discuté en commission avant de revenir devant le Parlement pour être définitivement adopté, ce qui est quasiment acquis grâce au soutien quasi total de l’opposition conservatrice.

Le Service public d’Education en Grande Bretagne définitivement cédé aux entreprises et aux idéologues (politiques, religieux ...)
Ce texte met les écoles en concurrence et les engage à chercher des soutiens privés. Ces nouveaux établissements (les Trust schools) en prenant leur indépendance face à l’Etat et aux autorités locales pourront déterminer les salaires des personnels et définir les programmes scolaires.
Elles pourront ainsi rechercher des financements privés auprès, par exemple, d’associations religieuses, de parents d’élèves, d’entreprises, d’universités ... (parmi la liste des « partenaires » possibles, on retrouverait Microsoft, le grand cabinet d’audit KPMG, l’église anglicane, et un mystérieux milliardaire musulman).
On imagine les dérives de ce type de système : publicité (adressée aux jeunes) pour les sociétés, exclusion des élèves en difficulté, reprise en main par les institutions religieuses, modification des contenus scolaires (comme pour le créationnisme aux USA), communautarisme (écoles confessionnelles spécifiques), pressions sur les enseignants ...

Recrutement des enseignants : économies et arbitraire ?
Avec la liberté donnée aux « trust schools » en matière de recrutement d’enseignants, on peut penser que certains d’entre eux seront susceptibles de subir des discriminations à l’embauche à cause de leurs engagements politiques et / ou religieux, ou de leur manque de docilité. D’autre part, la tentation d’employer des enseignants peu formés et donc mal rémunérés sera grande. Ces 12 dernières années, s’est développé le recours à des auxiliaires d’éducation tels que les assistants d’enseignement et les assistants de classe.
Des tableaux de classement des professeurs selon leurs performances et leur « dévouement » permettront aux écoles de rémunérer certains professeurs plus que d’autres (primes en lieu et place d’augmentations légitimes et collectives).

Contenus
Le programme national a été raffiné à tel point que les matières fondamentales peuvent être enseignées par tout petits bouts, ce qui d’après le gouvernement, peut être fait par des gens ayant peu, voire aucune, connaissance du sujet. Ca tombe bien...

Elèves : sélection et voies de garage
Ces écoles auront aussi une grande autonomie pour le recrutement des élèves. En effet, le code de bonne conduite créé par la ministre de l’éducation britannique, Ruth Kelly, pour éviter la sélection dans ces établissements scolaires, ne sera pas obligatoire, n’aura aucune valeur contraignante.
Des classements basés sur les résultats aux tests effectués aux âges de 11 et 14 ans dans les matières fondamentales (« core subjects ») et les examens scolaires à l’âge de 16 ans permettent de trier les élèves.
Le soit-disant programme de « modernisation » de Tony Blair ne créera donc rien de plus que des lieux de parcage pour des milliers d’enfants de la classe ouvrière dans le système public d’éducation tandis que les plus capables et les plus privilégiés iront en nombre croissant dans le secteur privé ou semi - privé basé sur la sélection.
Des projets sont en cours pour permettre aux 14-16 ans de suivre un parcours non - académique, avec plus de jours passés en dehors de l’école qu’en classe.
D’autre part, un bilan de quatorze « Academy schools » (écoles sponsorisées par des groupes indépendants créées ces dernières années) montre que le nombre de repas gratuits distribués aux élèves pauvres a chuté - que les écoles aient pratiqué une sélection à l’entrée ou qu’elles aient changé les critères permettant de bénéficier de cette aide.

Et le marché ? il se porte bien, merci
Par exemple, les prix de l’immobilier en Grande Bretagne dépendent désormais du périmètre scolaire des établissements en mesure d’offrir les meilleurs équipements et la meilleure éducation.
Les services existant dans les établissements tels que la maintenance des bâtiments, le soutien linguistique aux élèves non anglophones, la psychologie scolaire, la formation, les remplacements viennent de plus en plus d’entreprises privées et de consortiums.
Aucun secteur de la vie scolaire n’est épargné par les ravages du marché. Du fait des réductions dans le domaine social, enseignants, parents et donateurs privés fournissent la plupart des activités hors programme.

Comment Tony Blair, travailliste, explique-t-il sa réforme ?
Pour le Premier Ministre, la concurrence entre les établissements devrait permettre d’augmenter le faible niveau scolaire britannique, qui est inférieur à celui de la moyenne des membres de l’OCDE, et l’investissement privé permettrait en plus de réaliser des économies en matière de financement public.
Mais les statistiques de l’OCDE montrent que l’investissement privé et la concurrence inter- et intra-établissement n’ont pas d’incidence positive sur le niveau d’éducation. C’est d’ailleurs le plus souvent contre-productif, comme le prouve le système américain, qui est le plus inefficace des membres de l’organisation internationale (résultats inférieurs à la moyenne pour un investissement financier en deuxième position sur la liste).

Et les syndicats dans tout cela ?
Les bureaucraties syndicales représentant les enseignants et les auxiliaires ont constamment affirmé que les mesures du gouvernement Blair avaient un but honorable, désarmant ainsi tous les personnels d’éducation.
« L’école de l’avenir sera concédée à des exploitants, commercialisée comme une marque et parrainée. Pour vous c’est un projet cauchemardesque. Pour le New Labour cela représente un progrès, la modernité et l’avenir". Qui parle ? Doug McAvoy, Secrétaire général du syndicat national des enseignants (National Union of Teachers, le NUT) le syndicat de l’enseignement le plus important en Grande Bretagne, dans son discours de fin de mandat prononcé en 2004.
MacAvoy explique que cette perspective cauchemardesque constitue le plus radical bouleversement depuis la loi sur l’Education de 1944 qui a fondé l’éducation secondaire universelle.
Mais ces déclarations n’annoncent qu’un virage à droite de la bureaucratie syndicale encore plus marqué. Steve Sinnot, qui devait le remplacer peu après, avait plaidé explicitement pour négocier une fusion avec d’autres syndicats d’enseignants, ce qui permettrait de ne pas trop contrarier les projets gouvernementaux.

Misère !


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