Aumônerie de Dumont d’Urville : Un exemple parmi d’autres !

SUD Education 83
jeudi 2 décembre 2004
par  SUD Education Var

Rappel des textes (cf. circulaire n° 88-112 du 22 avril 1988)
Dans les établissements comportant un internat, l’institution d’une aumônerie est de droit. Le chef d’établissement fait alors connaître au recteur l’effectif, l’horaire prévu et les locaux où l’enseignement doit être donné en fonction des créneaux disponibles. Le CA, lui, donne son avis sur les conditions de fonctionnement du service. Mais, il appartient au recteur seul de juger du bien-fondé de la demande.
Par ailleurs, le chef d’établissement est responsable de l’application du règlement intérieur qui rappelle notamment le devoir pour chaque membre de veiller au respect des principes de laïcité et de pluralisme, ainsi que le devoir de tolérance et de respect d’autrui dans sa personnalité et ses convictions (cf. art.3 du décret n° 85-924 du 30 août 1985).

La soutane
En juillet 1962 (il y a donc 42 ans !), avant même le début du concile Vatican II, le pape Jean XXIII a supprimé l’obligation du port de la soutane Les prêtres peuvent désormais porter un costume noir avec un col romain ou plus simplement des habits civils. La soutane n’est plus guère portée que par les vieux prêtres ou par les traditionalistes (Fraternité Saint-Pie X ...).

L’ aumônerie à Dumont d’Urville
C’est en 1952 qu’est créée l’aumônerie de Dumont d’Urville. Dans les années 90, apparaît sur Toulon une nouvelle race d’aumôniers : le jeune aumônier aux dents longues et ... en soutane. Une stratégie : investir le terrain. Les protestations des enseignants conduiront à un compromis avec les autorités religieuses : le service d’aumônerie sera installé extra muros dans un local à proximité.
Cette situation a perduré jusqu’à la nomination d’un nouvel aumônier, il y a moins d’un an. Celui-ci, à qui le chef d’établissement avait accordé un local dans le lycée, annonçait la première rencontre pour le jeudi 30 septembre 2004.
Ce jour-là, les élèves, les enseignants et les parents d’élèves (venus pour les réunions parents-professeurs) ont vu, ébahis et outrés, cet aumônier en soutane, très à l’aise, virevolter dans la cour et les couloirs du lycée. Il avait déjà opéré quelques incursions précédemment mais là il devenait omniprésent, tel le furet de la chanson, narguant les observateurs médusés.
Devant l’émoi suscité par cette apparition anachronique et délibérément provocatrice, au moment où justement est étendu aux élèves le principe de neutralité (jusque là réservé aux seuls adultes employés dans les établissements publics), le proviseur décide de suspendre le service d’aumônerie jusqu’au CA, prévu le 9 novembre.
Entre-temps, Var Matin, qu’on ne peut soupçonner de progressisme excessif ni d’anti-cléricalisme primaire, publie une pleine page sur la communauté Saint-Martin qui a investi le département du Var (édition du 6 octobre 2004) et dont les thèses, selon le quotidien, sont proches des milieux conservateurs et traditionalistes (d’où la soutane).

CA du 9 novembre 2004
Le proviseur informe les membres du CA que celui-ci n’est pas habilité à statuer sur l’aumônerie et annonce que le ministre de l’Education en personne a déclaré le jour même devant un parterre de recteurs que les aumôniers en soutane n’étaient pas concernés par la loi sur les signes religieux ostentatoires. Pile poil ! L’ensemble des membres du CA (moins un, le représentant de la FIP), pas des « laïcards » comme on veut le laisser croire, mais des gens de bon sens, attachés à l’école publique, se sont indignés des privilèges accordés à un membre du clergé, désigné par sa hiérarchie et approuvé par le recteur, sans que personne ait un droit de regard ni sur son enseignement ni sur sa tenue, cela alors que tous les acteurs de l’école sont, eux, désormais soumis à des règles strictes de neutralité.

La loi de 1905 sur la laïcité menacée
Après la loi sur le port de signes ostentatoires, après la guerre du Bien contre le Mal, après les élections américaines placées sous la protection divine, après les déclarations du ministre français de l’Economie, qui suggère de remettre la religion au centre de la vie politique en modifiant la loi de 1905, voilà que le ministre de l’Education monte au créneau et, se livrant à une interprétation personnelle de la loi sur les signes religieux, en exonère les religieux eux-mêmes, portant ainsi une nouvelle atteinte au principe de laïcité en France.

Que se cache-t-il derrière la soutane à l’heure actuelle ?
Au delà du port d’un signe religieux ostentatoire, la soutane symbolise les thèses traditionalistes, voire intégristes et proches de l’Extrême droite. Celles-ci mêmes qui militent contre : la loi sur l’IVG (au mépris du libre choix des femmes) ; le divorce ; les lois homophobes ; la contraception ; le préservatif (au mépris des millions de personnes contaminées ou susceptibles de l’être par le virus du sida) etc.
Doit-on accepter que des individus, membres de lobbies ouvertement opposés aux lois républicaines, en habits religieux ou pas, viennent s’adresser librement (sans aucune possibilité de contrôle du contenu de leur enseignement) à des adolescents au sein même de l’Ecole publique pour remettre en cause et combattre les lois de la République si chèrement acquises, destinées à protéger le citoyen et qui ont cimenté la société française ?

Et pourquoi donc ces grandes manœuvres ?
Que cherche l’Eglise catholique ?
Se faire de la publicité pour donner l’illusion d’une représentativité significative dans la société française ?
Récupérer les ouailles perdues et reprendre le haut du pavé dans la société civile en France, « fille aînée de l’Eglise » ?
Ranimer les querelles laïques/religieux et se poser en martyr de prétendus fanatiques de la laïcité et, ce faisant, accuser les laïques de paranoïa et d’intolérance afin de parvenir à ses fins ?
Regagner le terrain perdu à l’occasion des débats sur les signes religieux à l’école où la religion musulmane était sur la sellette ?
Accéder directement à la jeunesse sans aucune entrave pour évangéliser des adolescents et faire du prosélytisme afin de remettre sur les rails les églises désertées par la majorité des Français ?
Profiter des largesses de l’Etat avec l’argent du contribuable pour maintenir à flot son patrimoine considérable et injustifié à l’heure actuelle ?
Se positionner face à d’autres forces religieuses en passe de conquérir leur terrain ?

QUE CHERCHENT SURTOUT LES POLITIQUES en jouant la carte de la religion, en favorisant les injustices, en attisant les tensions et les haines inter-cultuelles, en accordant des privilèges abusifs aux uns et en posant des interdits aux autres tout en prétendant oeuvrer au nom de l’Ecole Républicaine ?

S’agit-il, pour eux, de faire de l’Ecole le terrain des guerres de religion et laisser aux seuls enseignants la défense de la laïcité en leur faisant jouer le rôle de « dinosaures », derniers gardiens d’une loi qu’ils voudraient rendre caduque ?

Ils n’ignorent point que les aumôniers qui se présentent vêtus d’une soutane dans un établissement scolaire ne sont pas les personnages débonnaires d’antan. Ils savent bien que ceux-ci investissent les écoles dans le but de dispenser un enseignement partisan et dangereux..

Alors, pourquoi donc cautionnent-ils ces agissements ?
Serait-ce pour nous faire entrer contre notre gré dans l’ère des guerres de religions ? Ou bien pour aligner la France une fois encore sur l’Europe et sur les Etats-Unis en substituant le modèle républicain, qui a fait ses preuves, au système anglo-saxon basé sur le communautarisme et la morale religieuse ?
Et la religion, opium du peuple, redeviendrait ainsi le dérivatif qui ferait oublier les petits soucis quotidiens (chômage, précarité, maladie, vieillesse ... la survie ordinaire, quoi) ?


A la lumière des récents événements, Sud-Education Var rappelle son attachement à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat du 9 décembre 1905 et demande, pour les raisons exposées ci-dessus, la suppression des aumôneries à l’intérieur des écoles publiques.


Voir également : la rubrique "Laïcité" sur le site de la LDH Toulon


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