Constitution Européenne - Pourquoi ?

SUD Education 83
dimanche 3 avril 2005
par  SUD Education Var

Pourquoi, malgré l’opposition massive à la réforme Fillon, le gouvernement s’acharne t-il à faire passer en force et au pas de charge sa loi d’orientation ?
Pourquoi les autres pays européens se lancent-ils dans la même entreprise ?
Pourquoi les matières fondamentales sont elles réduites à un socle commun, consistant en des acquis rudimentaires ?
Pourquoi minimise- t-on les Sciences, l’Economie, les Arts, l’EPS ?
Pourquoi taxe-t-on les contestataires de frileux et de conservateurs attachés à leurs privilèges ?
Pourquoi fait-on fi de l’opinion des professionnels de la profession (Conseil Supérieur de l’Education, organisations syndicales, enseignants et autre personnel d’encadrement ...), des parents, des élèves ?
Pourquoi a-t-on organisé un débat à grande échelle, à grands frais et avec un investissement médiatique inégalé pour n’en tenir aucun compte et pourquoi le ministre de l’Education a-t-il déclaré : « on ne fait pas une réforme avec 60 millions d’avis », au mépris des citoyens qui pensaient sincèrement qu’on leur demandait leur opinion et qu’ils allaient contribuer à une réelle amélioration de l’Ecole ?
Pourquoi met-on en place une réforme pour la rentrée prochaine alors qu’elle n’a même pas encore été votée ?
Pourquoi se lance-t-on dans des suppressions massives de postes, de disciplines, de classes à moindre effectif, d’options ?
Pourquoi s’acharne-t-on à disloquer l’Ecole de la République alors que celle-ci était reconnue dans le monde entier pour être une des meilleures ?
Pourquoi un gouvernement affaibli, désavoué, se lance t-il dans une politique éducative de grande envergure touchant aux professionnels, aux filières, au financement et à la philosophie globale de l’éducation en France ?
Pourquoi nous ment-on avec arrogance en prétendant qu’on cherche à former le citoyen de demain, alors que c’est l’esclave de demain qui se dessine ?

Pourquoi ? L’Europe ! L’Europe ! L’Europe !

1. L’EUROPE ET L’ÉCONOMIE NÉO-LIBÉRALE

La réforme Fillon est la contribution de la France à la « stratégie de Lisbonne », ainsi dénommée par la Commission européenne, stratégie définie en 1991 dans la logique libérale de la constitution européenne.
De quoi s’agit-il ? D’assurer «  non seulement une transformation radicale de l’économie européenne, mais aussi un programme ambitieux en vue de moderniser les systèmes de sécurité sociale et d’éducation  ». Pour l’école, le programme se décline en trois mots : «  flexibilité, efficacité, ouverture  ».

-  Flexibilité ? Autonomie des établissements et réduction drastique des choix de formation, et donc bac à géométrie très variable.
-  Efficacité ? C’est le socle de connaissances de base pour pouvoir se mouvoir, même dans l’espace européen, avec le bagage qui convient à la précarité.
-  Ouverture ? À l’entreprise bien sûr, mais aux conditions patronales. (« une contribution plus importante du secteur privé »).

La loi Fillon, derrière les pseudo-bonnes intentions et les paroles lénifiantes, applique une volonté de réduire les dépenses de l’Etat en matière d’éducation, et de casser le statut des personnels, dans des logiques européennes de marchandisation de l’éducation, actuellement mises en place partout en Europe et au pas de charge, malgré l’opposition farouche des citoyens.

Ainsi, en France, François Fillon s’est vu pressé par le Président de la République, malgré les énormes vagues de contestation, d’accélérer son projet de réforme.
Au même moment, en Belgique francophone, la ministre affirme vouloir boucler son « Contrat stratégique pour l’éducation » avant les vacances d’été, en dépit d’une vive opposition.
En Italie, le gouvernement Berlusconi entend bien aller de l’avant dans l’application du « plan Moratti », pourtant extrêmement contesté par les enseignants, les élèves et les parents.
En Angleterre, le gouvernement se lance dans la mise en oeuvre rapide du plan « Education and Skills : Investment for Reform ».
En Allemagne, le gouvernement fédéral et les Länder viennent de mettre en place, dans l’urgence, un programme d’évaluation des systèmes éducatifs, destiné à coordonner les politiques régionales.
Au Danemark, etc. etc.

L’Europe néo-libérale est en marche ...
tel le char de Tienanmen.

2 . CONCRÈTEMENT, QUE PROPOSE L’ « ECOLE DU XXI ° SIECLE » ?

- Un socle de connaissances minimum : lire, écrire, compter, savoir manipuler la souris et jargonner dans une « langue internationale ». L’histoire, la géographie, les sciences, la SES, l’EPS, etc., devenues optionnelles, passent au 2° plan . Loin derrière.
La Musique, les Arts Plastiques, les Langues « rares », comme l’allemand, l’italien, le russe ou les langues anciennes sont menacés d’extinction immédiate ;
La littérature, la philosophie, la civilisation, l’éducation civique, la recherche intellectuelle et culturelle, seront de fait inaccessibles à la majorité de la nouvelle génération de citoyens français.
Les élèves qui envisageraient d’autres choix seraient contraints, s’ils en ont les moyens financiers, de se lancer à la recherche d’un établissement plus loin, sans doute dans une autre ville, un autre département (ou nulle part), ou s’inscrire dans les instituts privés locaux qui ne manqueront pas de fleurir et de faire payer cher leurs services ; les autres élèves seront condamnés à n’acquérir que les matières prévues dans le socle et les maigres options proposées par les établissements dans des classes à effectifs pléthoriques.
L’élite , elle, sera formée dans des établissements privés ou semi-privés, avec des fonds en grande partie privés (et donc avec des contenus contrôlés par les patrons).

- le tri social par l’orientation précoce : nombre d’enfants et d’adolescents mis en « apprentissage » - autant dire à la porte de l’Ecole - avant d’avoir acquis un quelconque bagage culturel.

- l’augmentation du pouvoir des entreprises dans la formation professionnelle et dans les offres de formation à l’école, ce qui leur permettra de piocher dans une main d’œuvre malléable, à peine alphabétisée et interchangeable.

Faisons-nous du catastrophisme et de la réfraction à toute forme de « modernisation », comme on l’assène dans les grands médias ?

3. QUELS SONT LES OBJECTIFS DU GOUVERNEMENT À COURT TERME ?

Il s’agit de démanteler le Service Public à la française (services appelés désormais dans le projet de constitution européenne « services d’intérêt général », sorte de « socle commun » minimum) pour les livrer à la logique marchande néo-libérale. Ainsi procède-t-on à la désorganisation des établissements publics de Santé, d’EDF- GDF , de La Poste, de la Recherche, de la Culture et de l’Education Nationale ; à des réductions budgétaires ; à la réduction des personnels - tout cela en jetant le discrédit sur la fonction publique (archaïque, onéreuse, inefficace) et des fonctionnaires (outrageusement privilégiés, paresseux, preneurs d’otages).

Tous les secteurs rentables des services publics pourront ainsi être livrés au secteur privé qui se chargera aussitôt de déréglementer, de proposer ses propres tarifs, de précariser le personnel et, in fine, de délocaliser vers des cieux plus cléments.

C’est l’ensemble de l’édifice républicain et les conquêtes sociales du siècle précédent qui sont mis en pièces. Ce sont les droits universels de l’Homme (droit au travail, droit à l’éducation...) qui sont bafoués.

Et tout cela pourquoi ? Pour coller à l’idéologie néo-libérale mise en place à notre corps défendant ou à notre insu depuis des années et qui verra son apogée avec la ratification du traité constitutionnel européen.

Cette constitution qui livre les citoyens aux marchands et aux multinationales, aux néo-libéraux de tous poils, nous n’en voulons pas.

De cette Europe-là, étriquée, à la remorque des Etats-Unis, qui s’aligne sur ses modèles économiques et sociaux, qui impose ses convictions religieuses et sa morale, qui s’acharne à précariser les sans-grade pour mieux les culpabiliser, Nous n’en voulons pas.

De cette Europe sectaire, cruelle, inhumaine, prête à fermer définitivement la porte à tout ce qui n’est pas propret, c’est-à-dire judéo-chrétien et blanc, Nous n’en voulons pas.

D’une Europe qui refuse d’éduquer ses propres enfants, qui les livre pieds et poings liés à l’avidité des patrons, Nous n’en voulons pas.

D’une Europe « unie » qui choisira soigneusement ses cibles sous des prétextes fallacieux pour mettre hors d’état de nuire des peuples entiers, Nous n’en voulons pas.

D’une Europe prête à laisser mourir de faim ou de maladie des continents entiers, Nous n’en voulons pas.

D’une Europe qui impose ses choix de société, qui remettrait en cause les grandes conquêtes du XX° siècle (abolition de la peine de mort, droit à la contraception, droit à l’avortement ...), Nous n’en voulons pas.

NOUS VOULONS UNE EUROPE LIBRE, SOLIDAIRE, ÉGALITAIRE, LAÏQUE, SOCIALE OÙ CHAQUE CITOYEN POURRA S’EXPRIMER LIBREMENT, Y COMPRIS DANS LES URNES.

Ce n’est pas ce qui se profile avec le traité constitutionnel.

Ne nous laissons pas bercer par les discours de ceux qui veulent nous faire avaler des couleuvres : politiques, personnalités du « chobize » ou des médias. Eux seront à l’abri, quoi qu’il se passe.
Ne nous laissons pas impressionner par ceux qui nous annoncent le chaos. Le chaos, c’est eux qui le mettent en oeuvre.

Au référendum,
nous dirons :
NON !!!

M.C.V.

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