Nouvelle circulaire sur le contrôle continu au bac : le grand retour du projet local d’établissement

Une nouvelle note de service sur le contrôle continu a été publié par le Ministère de l’Education nationale le 25 août 2025. Cette circulaire fait suite aux annonces de Elisabeth Borne faites dans les médias sans concertations avec les syndicats et les associations de professeures et de parents d’élève.

Rappel : C’est quoi le contrôle continu ? 📖

Depuis la note de service du 23 juillet 2020, le Ministère a décidé de faire passer les notes des matières du tronc commun intégralement au contrôle continu. En classe de Première et de Terminale, les notes obtenues dans les matières comme les langues (LV1 et LV2), l’histoire-géographie-EMC, l’enseignement scientifique, l’EPS et la spécialité abandonnée en fin de 1ère comptent pour l’obtention du Baccalauréat. Ces notes correspondent à 40% de la note finale tandis que les matières à examen terminal : les deux enseignements de spécialité, le français, le fameux Grand Oral et, nouveauté de cette rentrée 2025, les mathématiques (hors enseignement de spécialité) correspondent à 60% de cette même note.

Quelle nouveauté dans cette circulaire de rentrée ?

Depuis la mise en place de ce contrôle continu, le Ministère entend imposer aux établissements un plan local d’évaluation appelé plus couramment le PLE. L’idée est de réunir l’équipe pédagogique de chaque établissement et qu’ensemble, les personnels établissent des règles communes concernant l’évaluation des élèves. Ces règles sont ensuite discutées en Conseil pédagogique et validées ou pas en Conseil d’administration. Comme le rappelle la dernière circulaire, l’objectif du Ministère est de garantir l’équité et la transparence dans la perspective de l’orientation et de la poursuite d’études.

La nouvelle note de service se montre plus indicative. Elle dicte un calendrier : le projet d’évaluation est élaboré dans chaque établissement par l’équipe pédagogique et réinterrogé chaque année entre la rentrée scolaire et la première période de vacances. Pour l’année scolaire 2025-2026, le projet d’évaluation devra ainsi être ajusté avant la première période de vacances.

Mais aussi, elle fait une liste d’évaluations (diagnostique, formative, sommative) et considèrent qu’elles n’ont pas toutes le même coefficient. Le Ministère invite à ne pas comptabiliser les évaluations diagnostiques et formatives pour le bac et à ne mettre que les notes sommatives, c’est-à-dire les évaluations de fin de séquence. En résumé, le PLE doit répondre aux questions : Combien d’évaluations par trimestre ? Quelle forme ? Quel coefficient ?

Le projet d’évaluation indique le nombre d’évaluations sommatives nécessaire à la constitution d’une moyenne représentative, notamment le nombre d’évaluations périodiques et leurs coefficients, fixé en accord avec les préconisations de l’inspection. Ces dernières doivent contribuer principalement aux notes du contrôle continu de chacune des disciplines, utilisées pour calculer les moyennes annuelles du baccalauréat.

C’est quoi le problème ?

Cette circulaire est une tentative de fortement limiter notre liberté pédagogique. Suivre ces préconisations, c’est s’imposer un nombre précis d’évaluations ET se voir imposer un type précis d’évaluation. Or nous avons tous et toutes différentes manières d’évaluer les élèves selon nos pédagogies respectives. Il est donc peu probable qu’une équipe dans un établissement réussisse à se mettre d’accord sans créer des divisions 🥵

Et la question de « l’équité et la transparence » des notes du contrôle continu ? Si l’Etat veut que tous les élèves soient évalué-es de la même façon, il n’a qu’à revenir à la forme du Baccalauréat antérieur où TOUSTES les élèves passaient les MÊMES épreuves en fin d’année scolaire ! 😡

Cette volonté de mieux contrôler les évaluations émanent de critiques émises contre ce contrôle continu. De nombreux parents se plaignent des écarts de notes entre deux enseignant-es de la même discipline ou entre les établissements. Ces critiques sont surtout présentes dans les établissements dits « privilégiés » ou une croyance tenace persiste : celles que les élèves des établissements défavorisés seraient « sur-notées ».

Mais cette idée du Ministère ne permet pas d’essuyer ces critiques. Bien au contraire, elle renforce le stress et la pression sur les élèves en essayant de limiter les moyennes de classe seulement aux notes des examens type bac. Dans cette logique, peu de chance pour les élèves d’essayer de faire remonter leurs moyennes à travers d’autres types d’évaluations. Ce qui va donc accentuer le tri social et les inégalités.

Que faire ?

Ces textes sont des « notes de service », ils sont donc indicatifs et ne sont nullement obligatoires.

Il convient donc de :
❌Refuser collectivement tout plan local d’évaluation dans son établissement

Ou de faire en sorte qu’il soit flou afin de laisser la liberté aux enseignantes d’organiser leur progression et afin que la direction ne puisse pas reprocher à une enseignante un nombre insuffisant d’évaluation.
Il suffit pour cela d’utiliser ce type de phrases :
• “dans la mesure du possible” ;
• “les enseignant⋅es peuvent…” ;
• “un devoir commun pourra être organisé” (et non ”devra”)…
Voici un modèle que chaque équipe pourrait s’approprier et envoyer à la hiérarchie en cas de mise en place de PLE :

Proposition de projet disciplinaire d’évaluation à remettre à sa hiérarchie en cas de mise en place du PLE

 

Version pdf

Quoiqu’il en soit, il faut :
❌Ne pas indiquer un nombre déterminé d’évaluations ni leur type
❌Ne pas intégrer le PLE dans le règlement intérieur ou dans le projet d’établissement car cela reviendrait à le valider

Nos revendications ?

  • l’abrogation des réformes des lycées et du baccalauréat
  • la fin du contrôle continu quel que soit sa forme, écrite ou orale, et quelle que soit la discipline
  • la suppression de l’épreuve de grand oral
  • la reconnaissance réelle du baccalauréat comme « premier grade universitaire » ouvrant droit à l’inscription post-bac de toutes et tous les bachelier-e-s dans la filière leur choix

Rédaction SUD éducation 92