Écologie : argumentaire syndical à l’usage des travailleur∙ses contre les idées reçues.

Cet argumentaire syndical à l’usage des travailleurs et travailleuses vise à armer les équipes pour répondre aux arguments contre l’écologie qui peuvent être entendus sur le lieu de travail. L’écologie n’est pas un « luxe » mais

 une nécessité. Elle est une composante indispensable d’un projet social qui

 pourra nous permettre de nous émanciper, contre tous les discours démagogiques de certaines grandes entreprises et de l’extrême droite. Elle est l’occasion de nouvelles conquêtes sociales. Les conditions de vie sur la planète se détériorent pour les êtres humains et l’environnement à une vitesse très rapide. C’est notre santé, nos ressources, nos conditions de travail qui sont menacées. Face à une crise d’une ampleur inédite, la seule solution est un projet positif d’une ampleur toute aussi inédite, une transformation globale de nos sociétés. La cause principale de la crise environnementale est en effet notre système de production basé sur l’accumulation privée de profits considérables et illimités. Les travailleuses et les travailleurs en sont et seront les premières victimes.

Une solution pour inverser les choses est bien le syndicalisme qui est au cœur du système économique. L’écologie et le syndicalisme sont donc bien compatibles. Inversement, on ne peut pas dissocier la défense des droits et de la santé des travailleurs et travailleuses, des habitant∙es, et celle de l’environnement.

Dans cet argumentaire nous proposons des réponses à 10 idées reçues sur l’écologie.

1. « Il n’y a pas d’intérêts pour les ouvriers et ouvrières à défendre la cause écologique »

Au contraire les ouvriers et ouvrières sont très concerné∙es par l'écologie et il est dans leur intérêt de classe de défendre l'environnement. Les multinationales ont tout intérêt à faire croire aux ouvriers et ouvrières (de tous les pays !) que les mouvements écologistes sont opposés à leurs intérêts de manière à garantir leurs profits en les exploitant et en détruisant les ressources au-delà des limites acceptables pour que la planète demeure habitable. L'extrême droite quant à elle participe aussi à démobiliser les travailleuses et les travailleurs face à cet enjeu majeur pour imposer leur domination politique. L'écologie ouvrière est possible et nécessaire au contraire : le monde industriel ne disparaîtra pas avec l'écologie. Les travailleuses et les travailleurs peuvent s’opposer à la destruction de l’environnement pour elles et eux-mêmes, en reprenant en main leur outil de travail, en garantissant des conditions de travail dignes, pour leur bien-être social et environnemental. L’environnement, c’est l’un des fronts les plus avancés de la lutte des classes.

2. « La viande : l’écologie veut nous imposer d’arrêter de manger de la viande »

Faux. La réalité est que la viande occupe une part très importante des émissions de gaz à effets de serre (GES), que toutes les viandes n’ont pas le même impact, que la consommation de viande au niveau mondial ne cesse d’augmenter. Un∙e végétarien∙ne est donc, avec des pratiques de consommation équivalentes dans les autres domaines, automatiquement plus vertueux en matière d’émission de GES. Quant aux consommateurs et consommatrices de viande, ils mangent en moyenne deux fois trop de viande pour leur santé, et pour la planète. La production de viande est aussi un axe majeur à questionner. Les traités de libre-échange qui permettent l’inondation d’un marché avec des produits de mauvaise qualité “sanitaire”, ignorant le bien-être animal, produits avec le recours à des pratiques écocidaires (OGM, déforestation, intrants carbonés, pesticides) et l’exploitation de travailleurs et travailleuses, sont à dénoncer. Manger moins de viande mais de qualité, l’imposer dans les restaurations collectives des entreprises et des administrations, ferait déjà baisser de façon importante les GES. Si la planète continue de se dérégler, les rendements ne permettront plus d’en manger autant.

3. « C’est la Chine et les Etats-Unis qui sont responsables, pas nous ! »

Il est vrai que les Etats-Unis et la Chine totalisent à deux plus de 40 % des émissions de GES de la planète. Il est vrai aussi que la pression doit être mise sur ces pays d’autant responsables et que leurs émissions ne baissent pas. L’Inde est troisième . Mais attention si l’on prend en compte l’Union européenne, elle représente tout de même 8 % des émissions de GES, et la France et l’Allemagne sont de gros contributeurs : 1 % multiplié par plusieurs pays cela fait beaucoup. Surtout, l’UE baisse fortement ses émissions, mais elle les exporte aussi. La pollution exportée est importante en particulier en France, où les délocalisations ont été les plus importantes au sein de l’UE. La production à l’autre bout du monde, le transport et la consommation ici sont à prendre en compte pour évaluer notre impact réel. Il faudrait donc prendre en compte les émissions par habitant∙e.

4. « Les plus pauvres polluent plus »

Au contraire, les 10 % les plus riches de la planète sont responsables de 50 % des émissions de CO2. En effet, plus on est riche, plus on consomme. Les plus pauvres sont celles et ceux qui subissent le plus les effets de la crise environnementale, et qui sont les moins armé∙es pour les affronter. Même si certains comportements peuvent parfois paraître pollueurs, les contraintes de consommation qui pèsent sur elles et eux font qu’ils sont des écologistes très vertueux. Une société écologiste et égalitaire leur apporterait plus de bien-être et de richesse. L’écologie est indissociable de la lutte des classes.

5. « L’écologie est une affaire de bobos des villes »

Une grande partie des émissions de CO2 se concentrent dans les villes (60 %), qui sont donc un champ d’action très important pour l’écologie. Il y a au contraire de nombreux échanges de connaissances à faire entre villes et campagnes, et entre classes sociales, pour permettre de préserver la biodiversité et le climat. L’écologie est bénéfique pour toutes et tous.

6. « Les pesticides sont indispensables »

L’INRAE a démontré qu’une agriculture sans pesticides est possible. Mais cela passe par plus de main d’œuvre pour faire le travail, donc plus d’emploi. Les pesticides sont le premier facteur de destruction intense de la biodiversité : entre 50 % et 80 % de la biomasse d’insectes a disparu en 20 ans. Nous dépendons de cette diversité, notamment des insectes pollinisateurs pour notre survie alimentaire. Sans compter sur les éléments néfastes de ces produits sur notre santé. Les pesticides sont ainsi une menace pour de nombreux travailleurs et travailleuses, que ce soit dans les entreprises qui les produisent, qui les transportent, dans le monde agricole, chez les fleuristes… Ils font aussi des ravages sur les habitant∙es qui vivent à proximité ou qui les consomment dans l’alimentation ou dans l’eau. Ils sont à l’origine de cancers d’origine professionnelle et environnementale. Une enquête organisée par l’association Avenir Santé Environnement a ainsi révélé en octobre 2024 la présence de traces de pesticides dans les cheveux et l’urine de 72 enfants près de La Rochelle, dont 14 interdits, avec une suspicion de lien avec un cluster de cancers pédiatriques. Il faut exiger une autre agriculture, à rebours du modèle productiviste et concurrentiel imposé aujourd’hui, qui rend très difficile le non-recours aux pesticides. C’est le même modèle qui entretient la précarité dans le monde agricole, qui menace notre environnement, notre santé, celle des agriculteurs∙trices et de leurs salarié∙es. Les coûts de la transition vers un autre modèle agricole doivent être pris en charge collectivement, au lieu d’être supportés par les travailleurs et travailleuses seulement. Les agriculteurs et agricultrices doivent être accompagné∙es. Les entreprises qui fabriquent ou manipulent des pesticides doivent se reconvertir.

7. « L’écologie est contre le progrès et l’emploi ».

L’écologie, ce n’est pas le retour à l’âge des cavernes. Par exemple, les lave-vaisselle modernes sont un progrès écologique pour la préservation de l’eau. Le progrès crée mais détruit aussi, la question est plutôt quel progrès veut-on ? L’écologie qui serait contre le progrès, c’est un préjugé entretenu à l’égard des écologistes par les économistes libéraux et les capitalistes pour continuer à accroître leurs profits. L’écologie passe en effet par une nouvelle répartition des richesses. Elle est ainsi la condition du progrès social. Elle incite à trouver de nouvelles solutions pour changer les modes d’organisation et de production car les ressources globales ne seront pas suffisantes pour permettre de produire toujours sur ce mode. L’écologie socialiste, populaire, ouvrière ou syndicaliste cherche le bien-être, l'amélioration des conditions de vie, et elle est indispensable pour y parvenir. Il y aura des emplois, les mêmes mais aussi de nouveaux emplois dans l’industrie et ailleurs par exemple. Il faudra aussi obtenir une baisse du temps de travail, comme contrepartie des sacrifices consentis, et condition d’un partage du travail. Une véritable rupture écologique ne peut se faire sans conquête de nouveaux droits, tels qu’un nouveau statut du salarié∙e de la transition écologique, qui assure non seulement la formation mais aussi le maintien des conquis sociaux entre deux emplois et d’un emploi à l’autre.

8. « Le RN et l'extrême droite proposent des solutions raisonnables à la crise écologique »

Une arnaque au contraire ! L’extrême droite est l’ennemie de l’écologie comme des travailleurs et travailleuses. Climatosceptique, anti-écolo, pro-fossiles, pro-capitaliste : elle soutient tous les grands entrepreneurs et pays d'extrême droite qui polluent la planète. Elle passe son temps à manipuler les opinions de certains travailleurs pour obtenir le pouvoir : viande, pêche, agriculture, pesticides, éoliennes, sont des terrains d’action de l’extrême droite où elle excelle dans l’art du mensonge et de la manipulation. Tous ces discours sont contre l’intérêt des populations. L’agriculture par exemple passe par une transition écologique indispensable à sa survie. A présent l’extrême droite surfe de plus en plus sur une écologie nationaliste qu’on peut qualifier d’écofascisme. L’écofascisme part des constats faits par les écologistes et propose de fausses solutions : famille, nation, fermeture des frontières, exploitation des immigré∙s… un programme qui ne résoudra rien car la crise environnementale ne s’arrête pas aux frontières et que la solution est internationaliste.

9. « L’écologie est contre l’agriculture, la pêche, la chasse et les traditions »

L’avenir de l’agriculture passe par l’écologie : c’est bien agro-écologie qui est l’avenir moderne de l’agriculture selon les études les plus sérieuses de l’ONU et qui permettrait de garantir des rendements pour nourrir la planète tout en préservant l’écosystème indispensable à notre survie. On veut rendre l’écologie responsable de contraintes mais ce sont les stratégies des groupes agro-industriels pour maintenir leurs profits qui plongent les agriculteurs et agricultrices dans la pauvreté, de même que les salarié∙es du secteur agricole. L’écologie est incontournable et une solution d’amélioration du travail des agriculteurs. Même chose au niveau de la pêche : sans quotas les stocks de poissons s’épuisent, les multinationales de la pêche détruisent les stocks au détriment des petits pêcheurs. On nous raconte que l’écologie serait contre les traditions en faisant souvent le lien avec la campagne. Cependant les paysan∙nes et les militant∙es écologistes sont très souvent des individus qui pratiquent des activités tombées en désuétude pour leur donner une nouvelle vie. Tout dépend de quelle tradition on parle. S’il s’agit de replanter des pommiers ou des haies qui ont été arrachées par l’agriculture intensive oui mais s’il s’agit de pratiquer des traditions autoproclamées qui détruisent l’environnement par plaisir égoïste (chasse des dauphins, à la baleine…) nous nous y opposerons.

10. « Les écologistes sont des éco-terroristes »

La Constitution comporte désormais une Charte qui fait de l’environnement un élément essentiel à protéger. S’il y a bien quelque chose de criminel c’est plutôt le fait de participer à la destruction de la nature qui causera de plus en plus de morts si on ne fait rien ! Ce terme de terroriste permet de justifier une répression de plus en plus féroce contre un combat essentiel, répression qui tend à se généraliser dans de nombreux pays. C’est une dérive dans nos sociétés démocratiques, dont les défenseurs des droits humains s’inquiètent.

Conclusion :

  1. L’écologie est bénéfique pour les travailleurs et travailleuses, y compris pour les ouvriers et ouvrières de l’industrie.
  2. L’écologie ne revient pas forcément à arrêter de manger de la viande, même si la diminution de la consommation de viande est indispensable.
  3. Les principaux pays producteurs sont les principaux pollueurs (Chine, Etats-Unis), mais tous les pays consommateurs doivent agir.
  4. Les plus riches polluent plus, les capitalistes nous coûtent cher.
  5. L’écologie est bénéfique pour toutes les populations.
  6. Les pesticides ne sont pas indispensables pour la majorité des cultures.
  7. L’écologie va dans le sens du progrès social et elle est créatrice d’emplois.
  8. Le RN et l’extrême droite sont une arnaque sociale et écologique.
  9. L’écologie est la solution pour l’agriculture et la pêche.
  10. L’écologie est un bien pour l’humanité et le vivant.

L’écologie prétendument punitive, moralisatrice, archaïque… est une caricature visant à détourner les travailleurs et travailleuses d’un combat pour un avenir meilleur. Face à l’exploitation, à la destruction de notre santé, de notre planète, unissons-nous. Et bien sûr, cela commence par être le plus nombreux et nombreuses possible dans le syndicat.